Biographie

Franck Sarfati  est né le 10 juin 1963 à Paris

  • 1981    1985  Ecole Nationale Supérieure des Arts Visuels de La Cambre
  • 1985    1988  Studio Totem  –  (collectif bruxellois)
  • 1989    …   [ s i g n ] *  –  studio de création graphique
  • 2013   Cours de sculpture
  • Vit à Bruxelles

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Ces sculptures, d’une certaine manière, je serai triste si je les vends.

Franck Sarfati est sculpteur.  Aussi…?, pourrait s’étonner qui ne connaît pas encore cette facette. Ma mère collectionnait les pierres semi-précieuses. Je regardais la lumière jouer dans ces cristaux pendant des heures. Facettes.

Franck s’appelle Sarfati, comme ça se prononce. Tout le monde n’est pas du même avis, loin de là. Franck Sarphati, Zarfatti, Serfaty, Srarati, Sartafi,… a longtemps gardé les enveloppes qui maniaient l’orthographe comme tout le monde aujourd’hui sur internet.

Franck – nous allons désormais faire l’économie du patronyme, puisque nous commençons à le connaître – est né en 1963 à Paris. C’est intéressant pour lui, surtout parce que, gamin, c’était important pour les autres.

Franck est un dandy, au sens où il s’habille bien. Se meuble juste, est propre, a bon goût. Même son garage, comme ses chemises, est bien repassé. Un des premiers mystères Franck. Il n’est du reste pas impossible que ses sculptures soient passées au fer, elles aussi. J’aime l’élégance de ce toucher du biscuit. J’utilise le papier de verre le plus fin et des limes de bijoutier. Jusqu’ici, aucun signe de vapeur.

Avant une retraite tardive et bien méritée, le père de Franck était tailleur. Il sculptait (la pomme ne tombe jamais loin des chats) des costumes pour les plus grands. Il est fier de son fils, de ses multiples facettes, de son sens artistique, certes, mais surtout de sa réussite : « mon fils qui a monté tout seul – à trois, oui mon fils, je suis peut-être dur d’oreille, mais tu me l’as assez répété et je ne suis pas sourd – un bureau de graphisme phare ».

Le graphisme réunissait tout ce que j’aimais, la synthèse, l’harmonie, le jeu intellectuel, et aussi le trash. Je ne me voyais pas scientifique, j’ai trouvé ma voie par rapport à une certaine spontanéité comblée.

Sign* a signé plus de prix que Marlon Brando. Sign* a même été capable d’élever un gribouillis au niveau d’un logo impérissable.

Le graphisme, c’était aussi la rigueur, les exercices de style – j’ai toujours aimé la difficulté. Franck est graphiste jusqu’à l’os : il suffit de l’observer, tout en parlant, dénouer une guirlande de Noël entortillée au point que vous et moi la réduirions en morceaux. La voici longue et droite. Et Franck toujours d’un calme olympien.

J’aime travailler avec les mains, les doigts… le contact est jouissif. J’ai commencé quand j’ai pris congé chaque vendredi. Je me suis inventé un « sculptural friday ». Si j’avais tout mon temps, j’irais chez un ébéniste, un fabricant de plexi… pour sortir du crayon, du papier et du pixel. Franck est perfectionniste.

Il aime les droites et les courbes justes. Se sent mal à l’aise quand sa veste en super-210’s plisse ou que son jus d’orange fraîchement pressé goutte sur le parquet en wengé debout. Tout doit être parfait, sauf quand il en décide autrement, le soir, parfois, mais soyez sûrs que nous n’en saurons rien.

Facettes. Quand Franck ne trouve pas les meubles qu’il recher­che avec une obstination quasi clini­que, il les dessine avec une obstination pour le coup artistique, et les fait faire.

Facettes. Le rock était fantastique, mais beaucoup trop dangereux à trop de niveaux.

Franck est musicien. Il joue de la basse à 16 ans dans plusieurs groupes qui, sans provoquer de Franckmania pour autant, font tout de même la première partie de Kid Creole & the Coconuts (Cherokees), Defunkt (Happy Fews, Untouchables) ou encore Cabaret Voltaire et Pale Fountains (Supergroup).

Le deuxième mystère Franck, car il se murmure qu’il joue de la basse comme une casserole. Une casserole au design irréprochable, mais une casserole quand même.

Séducteur, Franck a la cote. Avec ou sans cheveux. Il a ce qu’on appelle une gueule. Une attitude, un rire. Du bagout, de la finesse. Et puis toutes les femmes ne croisent pas chaque matin la route d’un gars capable de passer deux nuits sur un « e » bas de casse. Le processus de ces sculptures est long. Pendant ce temps, je réfléchis. Je me vide la tête pour la remplir par autre chose… De mes voyages, je retiens entre autres Shanghai, Hong Kong, Tokyo, NYC… Au Japon, j’ai vu beaucoup de choses très simples, pures, et toutes les nuances de blanc. Le soleil levant a doré l’esthète, qui, en retour, a adoré. Franck en est revenu à la fois pareil et différent. Rempli de détails, de visions, de papiers, de paysages, de villes mons­tru­euses et de silences. Circulez, y a plein à voir. 

Franck a trois cent tonnes d’amis, dont une minorité Facebook. Quand il fête ses cinquante ans, il invite deux cent personnes, et connaît leurs deux cents prénoms. Tous ne s’entendent pas entre eux, mais tous s’entendent avec lui. Il est le lien entre les carpes et les lapins. Il réussit le mondain et le personnel. Ses amitiés sont sculptées dans le marbre.

Franck est peintre, jeune. Il cherche. Il cherche et ne trouve pas sa place, alors il simplifie. Il synthétise, il résume. Et à présent qu’il ne l’est plus, jeune, même s’il est plutôt bien conservé, il regarde toutes ses facettes. Au lieu de se plaindre, comme tant d’autres, du temps qui a passé, il sculpte.

Alors, sculpteur de kaolin – la chrysalide de la porcelaine – mais plutôt Chine ou Limoges ?

Je n’ai pas vu beaucoup de choses abstraites en porcelaine. Et puis j’aime l’antinomie entre sa fragilité et la puissance de sa forme. Le choc entre le chaos et la structure.

Et les formes ? J’aime les frictions des formes imparfaites. (Nous vivons dans un monde de frictions, non ?). J’aime l’élégance, j’aspire à l’harmonie, mais j’aime aussi l’aléatoire.

Kasimir Malevitch, Jean Arp, Henri Laurens, El Lissitzky – que du beau linge – sont conviés dans son monde de sculptures minérales et minimales, celles qui hantent ces pages.

Mais il est temps de se demander quel peut bien être le troisième mystère de Franck. S’il devait
répondre, il dirait sans doute qu’il n’y a rien d’autre que des envies, que l’acte créatif a ceci de particulier qu’on se sent plus malin après, et qu’il n’y a pas plus de mystère
là-dedans que dans une pomme.

Quant à nous, notre réponse sera moins fruitée : nous attendons avec impatience la réaction de Franck face à celles du public. Parce que, mine de rien, Franck s’expose, peut-être plus qu’il ne l’a jamais fait. Alors, ça fait quoi, Mister mystère ?

Mais laissons à Franck le soin de conclure, vu qu’il ne le fait pas si mal : jusqu’ici, je pense que j’ai eu une belle vie. Et je crois, même si je n’aime pas dire ça, et sans vouloir transmettre un quelconque message… que d’une certaine manière… je ne l’ai pas volée.

Carl Hansenne

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